L'école pendant l'occupation nazie | Lycée classique d'Echternach
OUVERTURE - ENCADREMENT - EFFORT

L'école pendant l'occupation nazie

Il est permis de penser que l'année scolaire 1939/40 s'acheva "dans une certaine confusion et un certain relâchement" (P. Kauthen) ; dès la rentrée de 1940 toutefois, les premières mesures de germanisation prirent effet : emploi de l'allemand comme seule langue véhiculaire de l'enseignement, introduction du salut hitlérien pour les fonctionnaires, portraits du "Führer" dans toutes les salles de classe, instructions concernant les auteurs à ne pas traiter en classe, obligation faite aux fonctionnaires d'entrer à la VDB (Volksdeutsche Bewegung), participation des professeurs à des séminaires d'endoctrinement national-socialiste, déplacement temporaire de professeurs en Allemagne, remplacement de professeurs luxembourgeois par des "Austauschlehrer" allemands gagnés à l'idéologie nazie, adhésion forcée au DLB (Deutscher Lehrerbund). 

L'abbé Nicolas Goetzinger, directeur du Gymnase depuis 1933, fut destitué dans le courant de l'année 1941 et remplacé dès le début de l'année scolaire 1941/42 par Josef Dijong. Le gymnase devint alors "Staatliche Oberschule für Jungen".

Les élèves, obligés d'adhérer aux Jeunesses hitlériennes pour pouvoir continuer à fréquenter l'école et avoir le droit de se présenter aux épreuves de la "Reifeprüfung", furent confrontés à l'idéologie nazie dans leurs cours, en particulier en allemand, en histoire et en biologie, branches dont le but premier était l'endoctrinement.

Suite à l'annonce de l'introduction de la "Wehrpflicht", une centaine d'élèves se mirent en grève ; le 1er septembre 1942, un cortège composé d'élèves des classes supérieures et moyennes se forma pour se diriger vers Berdorf. Ce jour-là, 38 d'entre eux furent arrêtés. Dès le 5 septembre, 67 élèves grévistes furent déplacés à Stahleck sur le Rhin, ancien château fort servant de "Wehrertüchtigungslager" aux Allemands. Après une rééducation assortie de nombreuses brimades, ils purent rentrer au mois de décembre ; la plupart furent réadmis à titre provisoire à l'école.

Quant aux professeurs, si aucun ne participa activement à la grève, plusieurs furent néanmoins arrêtés. Parmi eux, le professeur Alphonse Schmit, accusé d'avoir tenu des propos désobligeants envers le "Führer" et le "Gauleiter", fut traduit en Cour martiale, condamné à mort et exécuté le 5 septembre 1942. "En condamnant à mort un jeune enseignant, dynamique et droit, père de famille, les Allemands ont frappé pour l'exemple, arbitrairement" (H. Trauffler).

Concernant les effectifs, on constate trois phénomènes pendant l'occupation nazie : la diminution du nombre total d'élèves, l'admission de filles et le nombre croissant d'élèves allemands.

Quant à l'enseignement, de l'aveu même des Allemands, il se trouva dans une situation déplorable résultant du manque de personnel enseignant d'une part, du volume impressionnant d'activités extrascolaires auxquelles étaient astreints les élèves de l'autre (collectes diverses, "HJ-Dienst", "Ernteeinsatz", entraînement militaire comme "Luftwaffenhelfer" etc.).

Mentionnons finalement pour la période de guerre l'élève Raymond Petit, non admis à se présenter aux épreuves de la "Reifeprüfung" de 1941 et renvoyé de l'école pour son attitude patriotique. Petit fut le fondateur du mouvement de résistance LPL (Letzeburger Patriote Liga) ; entré en clandestinité, il finit par être repéré par la Gestapo à Berdorf le 21 avril 1942. Il se donna la mort pour ne pas avoir à trahir ses camarades de la LPL.